Point de vue

Jeunes de la marge

…de la confrontation à la remédiation

Violences à l’école, agressions de professeurs, affrontements de bandes rivales… en donnant une lecture par les faits divers plutôt que « par les faits sociaux », les médias véhiculent une représentation binaire de la jeunesse : les jeunes « inclus » d’un côté, les « jeunes de la marge » de l’autre. Mais la réalité sociale n’est-elle pas plus complexe ? C’est ce à quoi des étudiants d’HEC ont été invités à réfléchir dans le cadre de l’Académie Plein Sens, afin de réinterroger leurs certitudes par un travail de terrain, et ainsi, de mieux appréhender les politiques publiques à l’œuvre.

Rupture familiale, décrochage scolaire, chômage, délinquance, désengagement, incivilités, addictions… les jeunes sont souvent – et particulièrement dans les médias – définis comme en marge de la société.

« Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage
Traversé çà et là par de brillants soleils »

Charles Baudelaire, l’Ennemi

Les jeunes ? Tous les jeunes ?

Bien entendu, la rengaine est aisée : « les jeunes, c’était mieux avant »… avant la crise de la famille (divorce et familles recomposées), de l’école (la massification), avant la sécularisation, avant la fin du service militaire, avant la perte des valeurs, avant la télé et surtout avant les nouvelles technologies !!
Si les jeunes incarnent et représentent face au « monde des adultes » un avenir par définition incertain, indéfini, instable et donc inquiétant, ce ne sont pas « tous les jeunes » qui intéressent les médias.
Ce sont bien les « jeunes de la marge » qui attirent les projecteurs. Au tout devant, les « jeunes des banlieues » occupent une place de choix dans la colonne des faits divers et alimentent les commentaires et analyses politiques de l’instant présent. On pourrait dire, par extension, que « la violence des jeunes » (sur eux-mêmes mais plus volontiers en direction des autres) et plus encore son caractère spectaculaire fascinent les médias : les violences à l’école, les agressions de professeurs, les affrontements de bandes rivales, les drames familiaux, les addictions, les anorexies et autres suicides sont autant de « bons sujets » pour capter l’attention des lecteurs et autres téléspectateurs.
Cette lecture par les faits divers plus que par les « faits sociaux » contribue à construire une représentation binaire, manichéenne et un peu naturaliste de la jeunesse : les jeunes inclus d’un côté versus les jeunes à la marge de l’autre.  Les jeunes doués de raison et de civilité face aux jeunes gouvernés par leurs instincts primaires et leurs intérêts immédiats. Deux peuples, les apolloniens face aux dionysiaques.

« Une idée est fausse dès l’instant où l’on s’en contente »
Alain (1868-1951)

La réalité sociale n’est-elle pas plus complexe ?

Si nous sommes tous amenés à faire des choix, ces derniers s’élaborent et se sédimentent dans un tissu de relations complexes. Pour les jeunes, leur famille, l’école et la ville (le quartier) vont agir, en système, et offrir des espaces de socialisation déterminants pour garantir leur autonomie, un emploi et l’accès à la citoyenneté.
Mais que ce passe-t-il quand un des éléments du système est défaillant ? Que quelque chose ou quelqu’un déraille ? Que quelque chose ne se passe pas comme prévu ? Assiste-t-on à une mise en branle du système pour garantir l’équilibre global ? ou assiste-t-on au contraire à des processus de désaffiliation sociale qui mènent à la mise au ban ? Qui sont les acteurs, professionnels, bénévoles qui agissent pour que « la marge » ne se transforme pas en exclusion ? Quelles sont leurs méthodes ? Quelles visions ont-ils de leurs métiers, de la jeunesse ?
C’est pour répondre à ces questions que l’Académie Plein Sens a proposé d’aller au contact de ces professionnels de la marge, mais aussi des jeunes avec qui ils travaillent, afin de mieux comprendre ce qui se joue dans « ce temps de rupture », de mieux appréhender les politiques publiques à l’œuvre, de faire face aux dangers de l’exclusion mais surtout…. de faire en sorte que les étudiants interrogent leurs certitudes et reviennent du terrain irrigués par le doute et par de nouveaux questionnements.

Publié le
20 juin 2020
Photo couv.

Ibigou Gilles / Hans Lucas.